Tag Archives: Textes d’auteurs

Richard

Richard

Par Léo Ferré

Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles
A certaines heures pâles de la nuit
Près d’une machine à sous, avec des problèmes d’hommes simplement
Des problèmes de mélancolie
Alors, on boit un verre, en regardant loin derrière la glace du comptoir
Et l’on se dit qu’il est bien tard…

Richard, ça va ?

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La mélancolie

La mélancolie

Léo Ferré

C’est un’ rue barrée

C’est c’qu’on peut pas dire

C’est dix ans d’purée

Dans un souvenir

C’est ce qu’on voudrait

Sans devoir choisir

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L’oppression

L’oppression

par Léo Ferré

Ces mains bonnes à tout même à tenir des armes
Dans ces rues que les hommes ont tracées pour ton bien
Ces rivages perdus vers lesquels tu t’acharnes
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Tous ces mots terribles

Tous ces mots terribles

François Béranger

Tous ces mots terribles qui font des chansons,
Parlant de misère, d’ennui, de prison,
Ne sont que des leurres chassant nos démons
Bâillonnant la peur, pendant un moment Lire la suite »

Paix, Catherine Ribeiro

Paix, Catherine Ribeiro

Paix à celui qui hurle parce qu’il voit clair
Paix à nos esprits malades, à nos coeurs éclatés
Paix à nos membres fatigués, déchirés
Paix à nos générations dégénérées
Paix aux grandes confusions de la misère
Paix à celui qui cherche en se frappant la tête contre
des murs en béton

Paix au courroux de l’homme qui a faim
Paix à la haine, à la rage des opprimés
Paix à celui qui travaille de ses mains
Paix à cette nature qui nous a toujours donné le meilleur d’elle-même
Et dont chaque homme quel qu’il soit a besoin
Paix à nos ventres – grands réservoirs de poubelles académiques
Paix à vous mes amis, dont la tendresse m’est une nécessité
Paix et respect de la vie de chacun
Paix à la fascination du feu, paix au lever du jour
à la tombée de la nuit
Paix à celui qui marche sur les routes jusqu’aux
horizons sans fin
Paix au cheval de labour
Paix aux âmes mal-nées qui enfantent des cauchemars
Paix aux rivières, aux mers, aux océans qui accouchent
de poissons luisants de gas-oil
Paix à toi ma mère, dont le sourire douloureux s’efface auprès de tes enfants
Paix enfin à celui qui n’est plus et qui toute sa vie a trimé
attendant des jours meilleurs

PAIX PAIX…

La mort, Catherine Ribeiro

La mort, Catherine Ribeiro

Un jour, la Mort, cette grande femme démoniaque
M’invita dans sa fantastique demeure
Depuis longtemps elle me guettait, m’épiait
Usant de ses dons, de ses charmes magiques
Elle cambrait sa croupe féline
Fermait à demi ses paupières lourdes de sommeil
Au-delà desquelles brillaient deux yeux de guet-apens
Le souffle court, les lèvres entrouvertes
Elle murmurait : viens chez moi, viens, viens
Approche, viens t’enrouler dans mon repos
Mon repos – repos – repos – l’éternel repos.
Alors, coupant mon emblème -cordon-ombilical
J’absorbais trois tubes de somnifère réparateur.
Ainsi commença le tourbillon de la décadence
Semblable à celui de la terre qui me portait
Les gouvernements-tueurs étaient toujours en place
Le napalm brûlait nos maisons et nos champs
Les riches s’éclataient devant les classes laborieuses
Partout ce n’était que tumulte, cris de guerre
Je courais, cherchant à protéger les enfants
Les enfants, merde, pourquoi faire des enfants
Les écoles maternelles sautaient à la dynamite
Les châteaux de cartes espagnols s’écroulaient
Victimes de malformations congénitales
Seuls restaient debouts, victorieux,
Les Elysées, les Maisons-Blanches, les Kremlins
Les crèmes caramel, les crèmes au chocolat –
Dites-moi la Mort, Chère femme, Belle Mort
Vous me serrez d’un peu trop près, trop fort
Je ne suis pas vraiment lesbienne, savez-vous ?
Vos bras qui m’encerclent gênent ma respiration
Votre parfum me donne la nausée –
Dites-moi la Mort, Chère femme, Belle Mort
De ce côté-ci de l’au-delà
Où se trouve le chemin de l’Amour –
Sur terre, je refusais le mensonge, la vanité d’Etre
Ici, les dactylographes tapent sur des bongos
D’horribles rythmes qui foudroient mes entrailles –
Dites-moi la Mort, Chère femme, Belle Mort
Renvoyez-moi de ce côté-là de la Vie
Je voudrais connaître l’amour de Pierre-le-Récalcitrant
J’ai encore besoin de donner et de recevoir
J’ai besoin de me battre pour un autre monde
Je veux connaître l’An 01 dont parlaient nos amis
Je veux encore monter des bonhommes de neige
En hiver, sur les toits blancs des usines
Je veux faire sauter les autoroutes
Et me promener dans les hautes herbes des campagnes
Je veux embrasser les garçons et les filles
A pleine bouche, baiser leurs lèvres chaudes
Je veux m’enivrer de la salive de mon amour
Je veux aimer et mourir de mort-Naturelle
Comme tout le monde, les deux pieds dans mes sabots –
Redonnez-moi la Vie, la Mort, Belle Mort
Et je vous ferai un enfant.

Tous les droits sont dans la nature, Catherine Ribeiro

Tous les droits sont dans la nature, Catherine Ribeiro

Le droit de baiser
Le droit de fondre en larmes
Le droit de s’épanouir
Le droit d’être exigeant
Et d’exiger
Le droit d’être riche
De presque rien
Le droit d’être pauvre
De toutes les richesses
Le droit de soulever
Des montagnes
Le droit d’accoucher
De toutes les tendresses
Le droit de penser
Haut et fort
Sans être mutilé
Le droit d’opinion
Les droits de l’immigré
Le droit au travail
Le droit de manger
Quand on a faim
Le droit de faire
Et de défaire
Le droit à la paresse
Le droit d’aimer
Sans être châtré
Le droit à la faiblesse
A la fragilité
Le droit à l’intelligence
Le défi à la connerie
Le droit du plus fort
Pour mieux protéger
Le droit de l’arbre
Face à la tronçonneuse
Le droit de s’amuser
Sur les pelouses interdites
Le droit de sanctionner
Un pouvoir déficient
Le droit de frapper
Malgré les menottes
Le droit de rire
De devenir fou
Le droit de s’éclater
A l’herbe sauvage

Le droit de crier, de hurler
Le droit de crier, de hurler
Le droit d’être enfin reconnu
Le droit d’être enfin reconnu

La mort d’Orion, Gérard Manset

La mort d’Orion

Où l’horizon prend fin,
Où l’œil de l’homme jamais n’apaisera sa fin,
Au seuil enfin de l’univers,
Sur cet autre revers,
Trouant le ciel de nuit
D’encre et d’ennui
Profond,
Se font et se défont les astres.
Par delà les grands univers
Où les colonies de la terre
Prolifèrent
Et dans la grande nébuleuse noire
Dont, voici dix mille ans, fut l’histoire.
Depuis qu’ils cheminaient par dix et cent de milles
Pour délaisser la terre et ses anciennes villes,
Depuis qu’ils voulaient voir
Ce peuple fou, ailé, la nébuleuse noire,
Depuis donc et déjà tant de siècles passés
Qu’ils avaient délaissé
La terre,
Ce peuple solitaire
S’éprit de ses vestiges
Et voulu en revoir la tige.
Or, pendant que coulaient
Tous ces millions d’années
Sur la planète mère,
Les survivants damnés
Redoraient le parvis
De leur vie,
Cependant que croulait interminablement
Un bruit de poussière et de vent
Et que s’affaissait le béton
Que coulait le peuple d’Orion.
On a vu bien d’autres étoiles depuis,
Allumées comme au fond d’un puits.
Sur Orion que la mort attend,
Un prêtre fait asseoir les hommes à genoux
Et le peuple incompris
Prie.
Orion ne reverra plus jamais le pays
Et la lune, sa sœur, aura bien loin d’ici
Des ailes.
Les cieux comme un taudis,
Privés de leur dentelles
Baissent les yeux
Au milieu des cerisiers blancs,
Sur son cheval,
Le prêtre a des ciseaux d’argent.
Il a les mains couvertes de papier doré
Et le devant de son visage est décollé.
Les grands arbres se dressent, les yeux mouillés
Et leurs cheveux comme des tresses
Qui cachent le soleil,
Les fleurs sont comme des oreilles, décollées.
Nous,
Même si nos membranes fragiles
Nous rendent un peu moins agiles
Ensemble,
S’il faut venger nos morts,
S’il faut souffrir encore,
Nous incinèrerons leurs corps
Si on veut de nous encore, encore,
Si on veut de nous encore, encore.
Et l’autel est dressé
Sur ses deux mains, sur ses bras blessés,
Regardant vers le nord,
Les mains tendues comme une plante carnivore.
Et du plus loin que l’on entende les rires
Déjà morts au sortir de leur bouche de cire,
Il faut les laisser faire.
Ce ne sont que des mammifères
Dans ce monde de prose
Où rien ne tient quand on le pose.
Nous,
Même si nos yeux sont trop clairs,
Nous retournerons sur la terre
Ensemble.
Nous franchirons les mers
De notre planisphère,
Reprendrons nos mines de fer
Si on nous laisse faire,
Si on nous laisse faire.
Nous,
Même si nos membranes fragiles
Nous rendent un peu moins agiles
Ensemble,
S’il faut venger nos morts,
S’il faut souffrir encore,
Nous incinèrerons leurs corps
Si on veut de nous encore,
Si on veut de nous encore.
Orion,
Sentant sa fin venir,
Dressa ses habitants contre leurs souvenirs,
Contre leurs souvenirs.
Depuis longtemps,
Depuis longtemps
Riche de tout,
Ce peuple parasite
Auquel nous rendions visite
Souvent fit notre faillite.
D’où il les avait mis sur le sol d’Orion,
Il pointa ses canons la tête la première
Vers l’horizon puis vers la terre.
Par delà les plus hauts monts,
Au milieu des goémons,
Vit Salomon,
Pareil aux preux chevaliers teutoniques,
Comme les lépreux sataniques,
Et dont la descendance princière et millénaire,
Pour toujours, un jour quitta la terre.
C’est au creux d’une lagune
Dont il cheminait les dunes
Qu’un soir de lune,
Descendant du ciel en spirales,
Tombèrent les anges des étoiles.
Tenant à peine debout,
Ensevelis par la boue,
Le sable mou,
Leur semblant comme autant de serpents,
Ils détruisirent tout en un instant.
Depuis longtemps,
Depuis longtemps
Riche de tout
Comme un coquillage
Dont la coquille est sans âge,
Salomon ignorait d’autres rivages.
Par delà les plus hauts monts,
Au milieu des goémons,
Vivait Salomon,
Pareil aux preux chevaliers teutoniques
Comme les lépreux sataniques,
Et dont le descendance princière et millénaire
Pour couvrir son corps creusa la terre.
Les fossoyeuses marines
Trouveront dans sa poitrine
Tant de vermines
Qui malgré les prêtres d’Orion,
Se nourrissant de lui, revivront.
Depuis longtemps,
Depuis longtemps
Jaloux de tout,
Debout dans leurs caravelles,
Ce peuple aux formes nouvelles
Fit tomber nos citadelles
D’un coup d’aile.
Orion ne reverra plus jamais le pays
Et la lune, sa sœur, aura, bien loin d’ici,
Des ailes.
Orion n’aura jamais s’il faut, pleuré, grandi,
Quoiqu’aura bien vécu du moins à ce qu’on dit
Sans elle.
Les cieux comme un taudis
Privés de leurs dentelles
Baissent les yeux.
Nous,
Par le droit que nous donne notre âge
Réduisons nos fils à l’esclavage,
Ensemble.
Si demain chacun d’eux nous ressemble,
Il faudra faire en sorte
Qu’aucun d’eux ne ressorte
Du monde dont nous fermons les portes.
Que la légende d’Orion
Soit morte.
—-
Vivent les hommes
Si notre ciel est toujours gris
Et si notre ventre est rempli
De pourriture,
Ce n’est pas tant la nourriture
Qu’il en soit ainsi par l’exemple
Et tous les dieux de nos temples.
Sous leur crâne en poussière,
On dirait qu’ils sont fiers
De leurs idées.
Sur leurs chevaux rayés
Les canons enrayés
De la beauté,
Vivent les hommes.
N’oubliez pas non plus
Qu’on ne reconnait plus
Ses amis.
Les rides entrecroisées,
Le visage froissé
De brebis,
Vivent les hommes.
Ils ont petits, grandis, démesurés.
N’essayez de les mesurer.
Ils ont des horizons plus hauts que des maisons
De dix étages et bien plus hauts que les nuages.
Ils ont des horizons plus hauts que des maisons
De dix étages et bien plus hauts que les nuages.
Le chagrin les domine
Comme un vieux puits de mine
Abandonné.
Les profonds souterrains
Qui leur creusent les reins,
Condamnés,
Vivent les hommes.
Chaque jour affairés
Le long des voies ferrées
De banlieue,
Les voilà qui s’installent
A table, les mains sales,
Au milieu.
Ils ont petits, grandis, démesurés
N’essayez de les mesurer.
Ils ont des horizons plus hauts que des maisons
De dix étages et bien plus hauts que les nuages.
x2
—-
Ils
Ils ont le même aspect que nous
Quand nous sommes
A genoux.
Droits comme le temple d’Angkor,
Leur tête
Sur leur corps.
On ne nous aimera jamais
Et si la pluie coule désormais
De nos visages,
Pareil au fond d’un marécage,
Nos idées se libèrent
Et il nous faut tourner la page,
Et il nous faut tourner la page.
Il en est qui viennent au monde
En riant.
Leur dents tombent.
On leur donne la religion
Qui passe
Dans la région.
Si notre ciel est toujours gris
Et si notre ventre est rempli
De pourriture,
Ce n’est pas tant la nourriture
Mais plutôt
L’exemple
De tous les dieux de nos temples,
De tous les dieux de nos temples.
Il en exite deux par an
Qui cherchent
Leurs parents.
On ne nous aimera jamais
Et si la pluie coule désormais
De nos visages…
Si notre ciel est toujours gris
Et si notre ventre est rempli
De pourriture…
On ne nous aimera jamais…
On ne nous aimera jamais…
—-
Le paradis terrestre
Hier, en traversant la rue,
Je me suis reconnu
Tête nue,
Méconnu.
J’ai changé de trottoir avec dix ans de plus.
Je me suis rattrapé
Quelques instants plus tard.
C’est bizarre.
Je suis passé devant moi sans me voir.
Le paradis terrestre,
Voyez ce qu’il en reste.
C’est une terre aride.
Les yeux perdus au fond des rides,
C’est un chemin plus difficile qu’on ne croit,
C’est un chemin de croix.
Je me suis rattrapé ce soir-là dans une impasse
Où l’on passe
Tête basse.
Je me suis retourné pour bien me voir en face.
Je me suis pris la gorge.
J’ai serré,
J’ai serré.
J’essaierai
D’être meilleur ou pire à l’avenir,
Mais qui sait ce qu’il va devenir…
Le paradis terrestre,
Voyez ce qu’il en reste.
C’est une terre aride.
Les yeux perdus au fond des rides,
C’est un chemin plus difficile qu’on ne croie,
C’est un chemin de croix.
Hier, en traversant la rue,
Je me suis souvenu
D’avoir vu
Tête nue,
Quelqu’un qui ne me semblait pas inconnu.
Je ne me suis revu qu’une fois l’année dernière.
J’avais l’air
D’être en l’air,
A quelques centimètres au-dessus de la terre.
C’est une terre aride,
Les yeux perdus au fond des rides.
C’est un chemin plus difficile qu’on ne croie,
C’est un chemin de croix.
C’est une terre aride,
Les yeux perdus au fond des rides.
C’est un chemin plus difficile qu’on ne croie,
C’est un chemin de croix.
—-
Elégie funèbre
Couvrez-moi de fleurs s’il le faut.
Laissez venir l’homme à la faux
Et si me coudre les paupières
Au moins ne me riez derrière
Moi.
Laissez me parler à l’oreille
Et faire miel de moi l’abeille
Et dans mon ombre, laissez vivre,
Quand bien même le bateau ivre
Sombre.
Croyez-moi, dans ce monde-ci,
Jamais on ne m’a dit merci.
Où que ce fut, où que ce soit,
Qui que ce fut, qui que ce soit,
S’en fut.
C’est pour ma chair fragile et morte
Que je prie de vous de la sorte
Qu’on ne m’ait pas en terre admis
Sans que l’on y descende aussi…
Que reste ici de mon passé
Dans ce caveau frais repassé
L’habit de noce et le carton
De ma langue et de mon menton
L’os.
L’ongle à peine de désigner
Faisant main comme l’araignée,
Les yeux se taisent et la cornée
Dessous l’arcade cimentée
Pèse.
Couronnez-moi de fleurs mauves
Si voyez que ma vie se sauve
Et des ténèbres ayez raison,
Lirez lumières de l’oraison
Funèbre.
Prenez soin de moi si pouvez,
Faites de vos bouches un ave,
Que Dieu le dépose ou l’apporte
S’il fut seul au pied de ma porte
Close.
Couvrez moi de fleurs s’il le faut.
Laissez venir l’homme à la faux.
Couvrez moi de fleurs s’il le faut…

Il voyage en solitaire, Gérard Manset

Il voyage en solitaire, Gérard Manset

Il voyage en solitaire
Et nul ne l’oblige à se taire
Il chante la terre
Il chante la terre
Et c’est une vie sans mystère
Qui se passe de commentaire
Pendant des journées entières
Il chante la terre
Mais il est seul
Un jour
L’amour
L’a quitté, s’en est allé
Faire un tour
D’l'autr’ côté
D’une ville où y avait pas de places pour se garer.

Il voyage en solitaire
Et nul ne l’oblige à se taire
Il sait ce qu’il a à faire
Il chante la terre
Il reste le seul volontaire
Et puisqu’il n’a plus rien à faire
Plus fort qu’une armée entière
Il chante la terre
Mais il est seul
Un jour
L’amour
L’a quitté, s’en est allé
Faire un tour
D’l'autr’ côté
D’une ville où y avait pas de places pour se garer.

Et voilà le miracle en somme
C’est lorsque sa chanson est bonne
Car c’est pour la joie qu’elle lui donne
Qu’il chante la terre.

La mort

La mort

par Jacques Brel

La mort m’attend comme une vieille fille
Au rendez-vous de la faucille
Pour mieux cueillir le temps qui passe
La mort m’attend comme une princesse
A l’enterrement de ma jeunesse
Pour mieux pleurer le temps qui passe
La mort m’attend comme Carabosse
A l’incendie de nos noces
Pour mieux rire du temps qui passe

Mais qu’y a-t-il derrière la porte
Et qui m’attend déjà
Ange ou démon qu’importe
Au devant de la porte il y a toi

La mort attend sous l’oreiller
Que j’oublie de me réveiller
Pour mieux glacer le temps qui passe
La mort attend que mes amis
Me viennent voir en pleine nuit
Pour mieux se dire que le temps passe
La mort m’attend dans tes mains claires
Qui devront fermer mes paupières
Pour mieux quitter le temps qui passe

Mais qu’y a-t-il derrière la porte
Et qui m’attend déjà
Ange ou démon qu’importe
Au devant de la porte il y a toi

La mort m’attend aux dernières feuilles
De l’arbre qui fera mon cercueil
Pour mieux clouer le temps qui passe
La mort m’attend dans les lilas
Qu’un fossoyeur lancera sur moi
Pour mieux fleurir le temps qui passe
La mort m’attend dans un grand lit
Tendu aux toiles de l’oubli
Pour mieux fermer le temps qui passe

Mais qu’y a-t-il derrière la porte
Et qui m’attend déjà
Ange ou démon qu’importe
Au devant de la porte il y a toi