Graines de verbe

Graines de verbe

Je sème des graines de verbe dans mon champ de nostalgie. J’invente des mots à naître au sein de la désolation.
Des mots comme des calices avec du Monet dans les pétales. Je jette au vent mes phrases orphelines.
Je jette ma révolte solitaire au ventre de cette terre. Mes pavés ont pris le large. Il est l’heure, il est temps.
Fils! libère le vent. Pousse le au large sous les voiles de l’albatros.
Tu peux tout faire si tu veux! Invente ce monde nouveau, celui qui luit au fond du désespoir.
Le bonheur brille dans le lit de la tristesse. Le bonheur gueule le samedi soir devant les boutiques côté Barbes.
Le bonheur se vend, s’achète cinquante fois pas jour côté télé. La publicité se fout des riches, ils n’en ont pas besoin.
Ce sont toujours les pauvres qui rêvent, qui achètent.
On vous ficelle le bonheur, on l’empaquette, on le parfume, on lui file un sourire éclatant et on vous faire croire que ça sent bon.
On va surtout à cent à l’heure, faut être au top pour produire! Faut donner encore et encore, toujours, encore plus!
Société robotisée, qui produit surtout de plus en plus de tristesse, de fausses espérances. Qui se lève tous les matins pour aller à la retraite, peut-être!
La citée! Ah la citée, si joliment dressée! Mais qui donc peut y croire? Ces citées enrubannées des trois couleurs que l’on coupe avec cérémonie me font frémir.
Au pied de ses murs, la peur rentre chez elle jusqu’au couloir de la mort. Les escaliers n’ont plus de marches. Les ascenseurs s’en vont, là-bas, quelque part vers l’inconnu.
T’as plus de boîte, plus de nom!
Fils! te fait pas avoir! Faudra bien un jour tout recommencer, tout raser!
Faudra bien les récolter un jour ces champs de verbes! Ces mots d’amour! Ne te fais pas avoir! Ne fais pas confiance à tous ces faiseurs de discours!
Invente tes propres sommets! Nage au creux de ton propre océan! Suis ton propre courant! Cris tes propres souffrances! Gueule tes propres espoirs!
Retrouve ta première seconde, ouvre tes yeux pour la première fois, regarde moi! tu peux tout faire!
Écoute le vent. Écoute le chant des violons. Écoute les pauvres types qui font des mots.
Les mots qui naissent de la misère sont toujours des mots de révolte. La révolte est un chant d’amour!
C’est dans les mots que surgissent les révolutions! Dans le ventre vide que nait l’espoir!
Faudra bien un jour tout recommencer pour récolter ces gerbes de verbe.
Écoute, écoute enfin les voix de ceux qui n’ont plus de mots.

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