Le placard

Le placard

Aujourd’hui j’ai appris l’existence du placard. En fin d’après-midi, j’avais des doutes, de ces doutes qui reviennent parfois pour décourager un peu notre envie, notre désir d’exister. De ces doutes qui viennent vous chuchoter des petites phrases taquinent, celles qui tout bas vous murmurent « mais à quoi tu sers? Regardes ton existence? A qui es-tu utile? Est-ce que ça vaut le coup de continuer? Pour qui? Pourquoi? Personne ne remarquera ton départ…A quoi bon tout ça?… ».

Ces doutes sont tellement forts que tu laisses ton chien en garde, car tu sais que cette nuit, enfin non, tu ne sais pas vraiment mais il peut se passer quelque chose. Puis à 18h il y a la sophrologie, tu ne sais pas, tu n’as pas vraiment le courage, l’envie, tout cela est-il vraiment nécessaire? Puisque de toute façon tu peux partir, du moins c’est une éventualité, si forte, de plus en plus forte. Juste une dernière fois, comme un au revoir, une sorte d’adieu, et tu y vas, sans conviction aucune.

Nous ne sommes que quatre. La pièce est très froide, il est difficile de se détendre. Comme à chaque séance, un petit tour « de table » a lieu. Marie est toujours là, l’oreille attentive, elle écoute nos paroles dans une parfaite sereinité. Je me sens mal et je suis obligé d’évoquer mon état de souffrance dans lequel je suis. J’évoque mon ressenti, mes émotions, ma lassitude, mon sens de l’inutilité. Bien-sûr tout cela n’est qu’un vilain passage, je le sais mais je sais aussi que ces passages peuvent être très dangereux. Marie me ramène doucement vers une enfance qu’elle ignore mais dont il lui semble que des réponses s’y trouvent cachées. Elle évoque un livre dont j’ai oublié le titre mais je lui fait penser au personnage principal « enfermé dans le placard ». Elle m’invite à cette réflexion portant sur un petit garçon, celui que j’étais et que j’ai laissé depuis tant d’années « enfermé dans le placard ». Elle me dit de l’aider, de lui ouvrir la porte et de communiquer avec lui, de me réconcilier avec lui. Cette idée du petit garçon prisonnier me libère en même temps de ma souffrance présente. Ce n’est plus moi, uniquement moi qui souffre et qui veut en finir mais un petit garçon en proie à de terrible souffrance qui est allé se cacher et qui n’est jamais réapparu? C’est ce petit garçon qui voulait mourir mais pas l’adulte que je suis qui adore la vie, mais ce petit garçon qu’il faut que je fasse renaître. Merci Marie.

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