Les mots
les mots devraient avoir la lucidité psychopathologique. Mes mots ne naissent pas dans les dictionnaires, ils n’ont pas de rimes. Ils ne viennent pas de l’intellect, ils sont dans la peau, dans les triples. Ils n’appartiennent pas à la poésie. Ils n’ont plus de syllabes, ils ne se découpent pas. Ils ne forment pas de vers, de nombre de pieds. Ils ne sont pas fait pour être écrits, des mots étalés ne sont ni plus ni moins que des mots mis en conserve. Ils sont fait pour être gueuler, pleurer. Ce sont de simples mots, des mots simples, venant d’un comptoir, de la rue, de la tristesse, de la misère. Des mots à vous faire douter. Des mots vivants. Des mots à foutre la trouille. Des mots venus de l’ailleurs.
« Je sentais la présence de cette jeune fille handicapée derrière moi. J’ai senti ses mains sur mes épaules puis dans les cheveux, puis elle se pencha et me posa une bise sur la joue, « Tu es gentil, je t’aime bien », je lui rendis sa bise et lui dis simplement « moi aussi je t’aime bien ». Nathalie utilisait peu de mots, elle exprimait beaucoup dans le regard, la peur, la joie, la souffrance. Il y avait un vieux pervers à l’hôpital et je prenais souvent Nathalie sous ma protection avant qu’elle n’ai de violentes crises. Un jour je me suis vraiment fâché contre lui, elle était devenue comme une bête transie par la peur. Quelques jours après, ce vieux pervers est décédé. J’ai éprouvé une joie intense, la mort n’est pas toujours triste. N’est-ce pas Nathalie? »
Et si les mots pouvaient tuer…

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